OBJECTIF 2012

OBJECTIF 2012

INITIATION AUX RELIGIONS, de la préhistoire à l'écriture

Extrait du site "Ecologie révolutionnaire" http://perso.wanadoo.fr/marxiens/index.htm

Ecrit par Jean Zin, Un site excellent à visiter sans modération.

Son auteur le présente ainsi : "Critique écologique et politique de la domination économique, analyse des transformations du travail, de la nouvelle économie, et défense du Droit au revenu. Ce projet politique s'appuie sur une philosophie de la liberté, de la lutte et de l'expression. Café philosophique et Prêt-à-penser (nombreuses citations d'auteurs) essayent de donner accès à cette synthèse de la pensée critique (Hegel, Marx, Debord) qui comporte plus de cinq cents textes : histoire des religions, critique des sciences (Prigogine, René Thom), de la dégradation de la psychanalyse en psychothérapie (Lacan), etc."

Présentation

JÉSUS A DIT :
SI CEUX QUI VOUS GUIDENT VOUS DISENT :
VOICI, LE ROYAUME EST DANS LE CIEL,
ALORS LES OISEAUX DU CIEL VOUS DEVANCERONT,
S'ILS VOUS DISENT QU'IL EST DANS LA MER,
ALORS LES POISSONS VOUS DEVANCERONT.
MAIS LE ROYAUME EST LE DEDANS DE VOUS
ET IL EST LE DEHORS DE VOUS
QUAND VOUS VOUS CONNAÎTREZ,
ALORS VOUS SEREZ CONNUS
ET VOUS SAUREZ QUE C'EST VOUS
LES FILS DU PÈRE VIVANT;
MAIS S'IL VOUS ARRIVE DE NE PAS VOUS CONNAÎTRE,
ALORS VOUS ÊTES DANS LA PAUVRETÉ,
ET C'EST VOUS LA PAUVRETÉ.
L'ÉVANGILE SELON THOMAS, 3
La religion constitue la sphère générale où l'homme prend connaissance de la seule totalité concrète dans laquelle se trouvent unies et sa propre essence et celle de la nature. (Hegel. Esthétique 150)
La religion est le lieu où un peuple se définit à lui-même ce qu'il considère comme la vérité. (Hegel Ph de l'histoire p48)
La religion, c'est la théorie générale de ce monde. (Marx Critique Ph du droit de Hegel)
La religion est ce qui fixe un sens commun, c'est dire qu'elle est consubstantielle au langage. Il convient de reconnaître sa fonction, de repérer le champ de ses conséquences plutôt que d'en dénier les effets, y compris bien sûr chez ceux qui se croient les plus irréligieux des hommes. Il est en effet plus facile de croire ne pas croire que d'échapper aux effets normatifs du discours dominant. La critique et l'histoire des religions restent à l'intérieur des religions. Ce n'est pas pour s'en tenir à son discours dogmatique, mais tenir compte de sa persistance dans sa mise en question même, car ce n'est certes pas le seul discours mais c'est sûrement un des plus fondamentaux.

Comme fondement du sens et du social, une religion doit rendre compte de la vie concrète d'un peuple en même temps qu'elle la structure. La première détermination consiste donc dans le degré de civilisation, les moyens de production (cueillette, chasse, élevage, agriculture, pillage), l'organisation sociale. Depuis l'invention de l'écriture, ces déterminations objectives sont, petit à petit, reléguées à l'arrière-plan au profit d'une logique signifiante, historique, auto-référentielle, plus abstraite et universelle. On peut aussi voir dans l'évolution de la magie, à la religion puis à l'art l'objectivation de la subjectivité, de la présence de la finalité dans une réalité qui ne se limite pas à la causalité matérielle.

Le résultat de cette évolution, c'est donc que l'esprit tandis qu'il s'objective et pense son être, détruit d'un côté la détermination de son être et en saisit d'autre part l'élément universel.
Nous n'avons donc affaire, quand nous parcourons le passé quelqu'en soit l'étendue qu'à de l'actuel; car la philosophie en tant que se préoccupant du vrai, n'a affaire qu'à de l'éternellement actuel. Pour elle rien n'est perdu dans le passé, car l'Idée est présente, l'Esprit immortel, c'est-à-dire qu'il n'est pas passé et qu'il n'est pas inexistant encore, mais il est maintenant essentiellement. C'est dire que la forme actuelle de l'esprit comprend en soi tous les degrés antérieurs. (Hegel Ph Histoire 66)
L'effort pour réduire chaque religion à son concept apparaîtra caricature face à la richesse infinie des représentations et des subtilités logiques de chacune d'entre elles. Il ne s'agit pas tant d'en dire la vérité que de formuler ce que chacune représente dans sa différenciation, son apparition dans l'histoire, sa rupture essentielle logique et pratique. Une contradiction trouvera à s'y mesurer, dans ce "Work in progress" comme un défi à ce qui nous cause, lueur fragile arrachée aux profondeurs de la nuit. Le prêt-à-penser nous précède que nous ne pouvons que modeler à notre tour.
Une vie sans religion est une vie sans principes et une vie sans principes est un bateau sans gouvernail. (Gandhi Lettres à l'Ashram)


Préhistoire
    Si nous savons par définition très peu de choses sur les religions de la préhistoire, les vestiges qui sont parvenus jusqu'à nous ne laissent guère de doutes cependant sur la parenté de leurs croyances avec celles des peuples chasseurs (de la Sibérie à l'Afrique, aux aborigènes australiens et aux indiens du Mexique). Qu'on appelle ces religions Chamanisme ou Animisme, elles ont, par-delà des contenus extrêmement divers, des constantes remarquables. On peut consulter à ce sujet les ouvrages de Claude Lévi-Strauss ainsi que "La religion des origines" d'Emmanuel Anati.

    On ne peut remonter avant 50 000 ans, date des premières sépultures (Neandertal) et donc, sans doute du premier langage narratif (mythes). C'est aussi la naissance de l'homme moderne (sapiens sapiens) qui se caractérise par son expression artistique et une langue mère dont toutes nos langues dérivent. Il y a, de même, une continuité dans les thèmes religieux et artistiques de ces origines aux tribus contemporaines qui sont restées isolées de la civilisation (de l'Australie, à l'Amérique du sud jusqu'aux Inuits ou à la Sibérie).

    Le culte des morts est le premier signe religieux. Témoin de l'opposition Nature/Culture, constitutive d'un monde humain, celui du langage et qui implique les structures élémentaires de la parenté codifiant les relations sociales ainsi que l'initiation qui marque la naissance à la culture et la fin de l'état de nature (deux fois né). L'unité de la communauté, identifiée à un dieu ou un totem, se constitue à travers les échanges de femmes et de biens (Dons ou Potlatch), dans le respect minutieux des rites et des traditions qui maintiennent l'ordre du monde, son équilibre fragile rétabli à coup de sacrifices, de danses, de prières, de formules. La conceptualité originaire (la pensée sauvage) est classificatrice avec un dualisme systématique (homme/animal, homme/femme, vie/mort, terre/ciel, réalité/rêve). C'est l'effet du langage qu'on retrouve jusque dans la dialectique dichotomique de Socrate.

    Bien qu'ils supposent un seigneur des animaux (évoqué par le dieu à 3 visages de l'Indus/Rudra/Shiva) auquel ils doivent le renouvellement de leur subsistance à condition, par exemple, d'enterrer les ossements des animaux tués, il n'y a pas conception d'un être absolu qui serait par rapport au moi quelque chose de radicalement autre et supérieur, mais plutôt la conception de la nature comme un ensemble de forces qui sont à la disposition de l'homme (manger un animal est prendre sa force). C'est le règne de la magie, d'un rapport duel, imaginaire, entre deux esprits humains (Sorciers ou Chamans) qui peut prendre la forme dualiste de l'opposition du créateur et du destructeur. La magie est l'effectivité de la subjectivité sur la réalité extérieure.

    Dans la magie on ne trouve pas la représentation d'un Dieu, d'une foi morale; mais pour elle, l'homme est la puissance la plus haute, ayant vis-à-vis de la force de la nature l'attitude du commandement.
Le deuxième élément de leur religion consiste ensuite en ceci qu'ils se représentent cette puissance qui est la leur, se l'extériorisent, s'en font des images (le fétiche).
Hegel Ph histoire 76
Mais ce qui indique chez les sauvages quelque chose de supérieur, c'est le culte des morts, leurs aïeux morts et leurs ancêtres étant pour eux comme une puissance hostile aux vivants : cependant on ne considère pas la puissance des morts comme supérieure à celle des vivants, car les sauvages donnent des ordres à leurs morts et les ensorcellent ; de cette manière, le substantiel demeure toujours en la puissance du sujet. La mort même n'est pas pour les sauvages une loi naturelle générale ; car elle provient aussi, à ce qu'ils pensent, de sorciers mal disposés. On trouve assurément là la supériorité de l'homme sur la nature.
Mais de ceci que l'homme est au sommet, il suit qu'il n'a pas de respect pour lui-même, car c'est seulement avec la conscience d'un Être supérieur que l'homme atteint un point de vue lui procurant un respect véritable. En effet si le caprice est l'absolu, la seule objectivité sûre dont on ait l'intuition, l'esprit, à ce degré, ne peut rien connaître de général. Les sauvages possèdent donc ce parfait mépris des hommes qui constitue proprement leur condition fondamentale (l'esclavage).
Hegel Ph histoire 77
Si le pouvoir y est arbitraire, il peut tout aussi bien être remis en cause de façon tout aussi arbitraire.

Une très grande diversité dans le vécu existe cependant entre ceux qui vivent de la cueillette et les chasseurs, entre les nomades et les sédentaires, les habitants des zones chaudes et les peuplades qui subissent les glaciations (avec sans doute dans ce cas la focalisation sur la fécondité - Vénus/Vierge noire). Mais il faut garder à l'esprit que les populations étaient très peu nombreuses et dispersées, ne permettant pas vraiment l'élaboration de traditions complexes et durables (bien que déjà assez complexes comme l'ethnologie le montre) sauf exceptions comme en témoigne l'art pariétal très localisé (Lascaux). Les pratiques magiques ne se limitent évidemment pas à la préhistoire, se conservant au moins comme magie blanche, défensive, contre-magie, désenvoûtement, exorcisme et superstitions. La survivance du sacrifice (à la fois magie et don) sera au centre de la réflexion de la plupart des religions. Mais le travail humain portera en germe la réfutation de la magie, même s'il y aura d'abord confusion dans l'alchimie des métaux. L'identification de chaque chaîne de causes à une volonté, un génie ou un dieu se continuera dans les divers polythéismes mais organisé dans un ordre plus hiérarchisé et qui tend à s'unifier.

Néolithique
- Bouleversement climatique. Le Natoufien (-12 500/-10 000)
    La fin de la dernière glaciation (vers -12 000) en bouleversant l'équilibre écologique a provoqué des mouvements de population en Europe soit vers le nord pour suivre le gibier traditionnel, soit vers le sud en s'adaptant à une nouvelle faune (réduite souvent, d'abord, aux serpents, mollusques et rongeurs) et en se dispersant en petits groupes familiaux. Cette époque de fonte des glaces est aussi caractérisée par des pluies diluviennes et une montée des mers (jusqu'au niveau actuel de +120m vers -7000). C'est dire que c'est l'époque de multiples déluges, en particulier, pour le Proche-Orient, l'inondation du golfe Arabo-Persique puis la rupture de la terre qui forme l'Hellespont (-5500), le dernier déluge ayant eu lieu vers -3500 inondant seulement les plaines du Tigre et de l'Euphrate.

    L'art des cavernes Franco-Cantabrique s'éteint vers -12000. C'est vers cette époque que des villages se constituent au Proche-Orient qui prépareront les véritables débuts de la civilisation et de l'histoire, puisque d'après la préhistoire la plus récente la diffusion de l'agriculture et de l'élevage se fera uniquement à partir de ce territoire, mondialisant, en même temps que leur nouvelle religion, les plantes et les animaux qu'il y avaient domestiqués. De rares villages ont déjà existé, dès -30 000, sans autres conséquences apparente sauf les villages troglodytes qui ont donné Lascaux.

- La Bonne Mère et le Taureau. Khiamien (-9500)
    D'après Jacques Cauvin (Naissance des divinités, naissance de l'agriculture-CNRS) ce qui est caractéristique, c'est bien l'apparition de la nouvelle religion avant l'apparition des nouvelles techniques que ne justifiaient aucune nécessité naturelle mais seulement le prestige de la maîtrise, du progrès.

    La nouvelle religion se caractérise par des figures en prière (les orants), les bras tendus vers le ciel (dans l'Enûma elis babylonien Marduk est célébré pour avoir "créé l'Incantation afin que les dieux s'apaisent" p646) ainsi que par des figurines représentant une déesse-mère, aussi terrible et capricieuse que le ciel sans doute ("c'était la Dame montée sur le puissant Aurochs céleste" comme est présentée Inanna à Sumer p27 Déluge descendant de sa montagne, Tu es la première, la déesse du ciel et de la terre), ainsi que des représentations du taureau que l'on retrouvera dans les religions cananéennes (Baal), Mésopotamiennes (Marduk), Égéenne (Minotaure) avec la pratique de corridas comme elles existent encore dans le sud de la France (sans compter l'Égypte et l'Inde). Ce taureau, plus tard chevauché par le dieu de l'orage hittite, est, comme Zeus, celui qui rétablit la prospérité et arrête le cycle des destructions. On le retrouve dans le boeuf Apis Égyptien (Ptah mais aussi Hator), la vache sacrée Indienne (et la Mère des Dieux Aditi puis la Grande déesse Kâli), les rites de Mithra, etc. Ce qui frappe c'est son apparition avant sa domestication, avant l'agriculture. La domination du culte par une déesse rappelle aussi les cultes plus tardifs, d'Isis, de Cybèle, de Démeter, déesses de la reproduction, de la renaissance, mais évoquant aussi l'Eve biblique par qui l'homme a goûté au savoir (ou la Pandore grecque).

    On a pu voir dans ce rapport à une divinité humanisée, la conscience de soi qui prend forme. En fait, si on se fie aux mythes sumériens, les déluges sont vécus comme une destruction par des dieux jaloux qui effaçaient leur création, âge après âge comme Kronos mangeait ses enfants. La solution donnée par le mythe est que les hommes n'échappent à la destruction qu'à servir les dieux, travailler pour eux, à leur place (à la place de la nature) pour leur offrir des sacrifices. C'est plutôt cette notion nouvelle de dette originelle, de culpabilité, qui sera créatrice d'une conscience de soi, instituant un rapport de soumission où l'esclave ayant perdu sa "liberté " naturelle produit par le travail la puissante liberté humaine. La dette envers le sauveur et maître, instaurateur de l'ordre post-déluvien, serait fondatrice de l'histoire. L'accession du taureau au rang suprême est presque toujours le résultat d'une lutte contre les anciens dieux pour restaurer les cycles de la génération (comme Zeus). Si c'est peut-être s'avancer un peu loin, il ne faut pas sous-estimer le fait que nous sommes encore les héritiers directs de cette tradition qui n'est pas tout à fait morte et inaccessible. Il ne faut pas sous-estimer non plus la nouveauté radicale de cette attitude religieuse, qui va construire des sanctuaires pour ses dieux, par rapport à l'idéologie fétichiste des chasseurs-cueilleurs.

    La faute engendre une série de conséquences où l'on croit reconnaître, à peine voilé par le langage symbolique, tout ce que l'étude de l'art et des techniques nous a déjà suggéré : un sentiment de finitude humaine ("nudité") répondant à un éloignement du divin désormais perçu comme inaccessible, la fin en corollaire d'une certaine facilité édénique dans la quête de subsistance et le début d'un travail "à la sueur du front" qui désigne explicitement dans le texte les débuts d'abord de l'agriculture (Caïn), puis de l'élevage (Abel). Tous ces traits caractérisant expressément la Révolution néolithique, il est difficile de ne pas envisager que c'est d'elle qu'il puisse s'agir.
Jacques Cauvin 265
Cette interprétation reflète cependant la dévalorisation hébraïque de la religion néolithique, contrairement à la tradition sumérienne et cananéenne qui fait du travail le service des dieux, le prix de la vie et l'accès au savoir, le travail devient une punition, conséquence du savoir mais surtout de la liberté humaine, de la révolte de l'homme, son péché capable de changer l'avenir.
- L'agriculture. Le Sultanien (-9000)
    Dans un deuxième temps, les phases du Pre-Potery-Néolithic A et B (PPNA-PPNB), voient l'apparition de l'agriculture à Jéricho et à Mureybet, ainsi qu'une augmentation locale de la population. L'élevage ne viendra qu'ensuite, et encore après l'élevage nomade.

    Les divinités de la phase précédente sont toujours présentes mais la pratique de l'agriculture devait changer encore radicalement la représentation du monde en privilégiant les cycles de la nature (du levant ou couchant, de la génération à la corruption, de la graine à la plante, du printemps à l'hiver). C'est le règne de l'éternel retour, le mythe de la résurrection, la regénérescence (Osiris/Dyonisos/Christ), la valorisation de la stabilité, des prédictions (oracles), de la fertilité, des concours. L'unité du groupe et la division du travail priment absolument sur l'individu isolé. Enfin, l'incarnation, la transmigration des âmes prennent leurs racines dans l'expérience du cultivateur.

    "QUE JE VIVE OU QUE JE MEURE, JE SUIS OSIRIS. JE PÉNÈTRE EN TOI ET JE RÉAPPARAIS À TRAVERS TOI ; JE DÉPÉRIS EN TOI ET JE CROÎS EN TOI... LES DIEUX VIVENT EN MOI PARCE QUE JE VIS ET JE CROÎS DANS LE BLÉ QUI LES SOUTIENT. JE COUVRE LA TERRE ; QUE JE VIVE OU QUE JE MEURE, JE SUIS L'ORGE, ON NE ME DÉTRUIT PAS. J'AI PÉNÉTRÉ L'ORDRE... JE SUIS DEVENU LE MAÎTRE DE L 'ORDRE, J'ÉMERGE DANS L'ORDRE" (SARCOPHAGES 330)
    Ces croyances "païennes" des paysans constituent le fond de toutes les religions actuelles, la relative stabilité des conditions de vie depuis cette époque jusqu'à l'époque moderne explique l'unité des superstitions et croyances populaires qui disparaissent depuis peu. Les croyances se perpétuent souvent au-delà des conditions qui les ont engendrées car la croyance se soutient de la tradition et des traditions locales préhistoriques se sont conservées jusqu'à nos jours, vestiges de temps révolus qui se combinent aux croyances nouvelles. Le thème des générations et de l'accouplement des dieux aussi bien que les vies de saints mettent en scène des synthèses conceptuelles à partir de traditions locales qui persistent et s'intègrent à la religion dominante ou bien deviennent folklore et légendes.

    Dès cette époque la valorisation des armes et la constitution de stocks annoncent les premiers conflits. Sur de si longues périodes d'autres épisodes religieux ont du surgir, il n'est pas absurde de penser que la tour ronde de Jéricho évoque un culte solaire ou les tours du silence des Parsis, de même la valorisation des flèches rappelle le thème de l'archer (Indra, Sagittaire, Arche de Noé, Arche d'alliance, équivalence Vie/Flèche en Sumérien [ti] et en Grec [bios]). Ces variations ne peuvent occulter la formidable persistance de la mythologie originaire du taureau et de la Mère de dieu jusqu'à nos jours.

    "Nous combattrons et nous travaillerons, disent les Anunnaki au dieu X (Mardouk), pour construire ta demeure. Mais, le jour venu (de ta gloire), nous y habiterons avec toi." Cela se passait en un temps "où les troupeaux de boeufs ne paissaient pas encore et où les peuples se nourrissaient de céréales".
Jean-Charles Pichon - Histoire des mythes 44
- La céramique, éleveurs nomades (-7500)
    Le nomadisme pastoral est plus tardif que l'agriculture et contemporain d'une virilisation des figures et de sanctuaires où s'effectuaient des sacrifices sanglants, y compris humains. C'est l'inondation du golfe Arabo-persique et la fin du déluge, le retour à un temps sec. C'est aussi l'époque du culte des crânes, qui sont détachés du corps, parfois modelés et coiffés, et qui sont exposés dans ou à l'extérieur des maisons carrées (Ka'ba) et non plus rondes. Cette pratique est sans doute à rapprocher des futures momies égyptiennes et du culte des ancêtres. On suppose aussi la pratique de banquets où se réunit la communauté.

    Le nomadisme, amplifié par la nouvelle sécheresse, va accélérer l'expansion du néolithique, surtout en touchant des populations qui vont pouvoir passer directement du nomadisme de cueilleur-chasseur à celui d'éleveur nomade, préservant des éléments archaïques dans la nouvelle religion. Cette diffusion se fera en même temps que celle de la langue dite indo-européenne.

    La religion de ces éleveurs nomades nous est en partie accessible par ce que nous savons des religions indo-européennes, bien que beaucoup plus tardives et qui se retrouvent de l'Inde à l'Iran, aux Scythes, aux Celtes, aux Slaves et aux Germains. Ces peuples nomades devaient protéger leur bien, objet de convoitise, à moins qu'ils ne vivent de rapines comme les premiers grecs (d'après Thucydide) ou les premiers Romains, formant, donc, une classe de guerriers. La prépondérance de l'homme dans cette organisation ainsi que l'attention de ces populations aux problèmes de reproduction s'exprime dans une religion patriarcale et le culte des héros. L'unité de la vie et de la mort (Si la mort sort de la vie, la vie en revanche sort de la mort. Hegel p62) est affirmée dans les cérémonies phalliques. Les initiations guerrières, les rites du Soma ou de l'Ambroisie donnent aux guerriers l'espoir de l'immortalité. Les sacrifices évoluent de leur fonction magique à un ritualisme formaliste qui se réduit à affirmer l'unité de la communauté ("ON DIT QU'ON S'EST INSTALLÉ LORSQU'ON A CONSTRUIT UN AUTEL" Satapatha Br. VII, I,I,I-4). Le banquet restera, chez les Grecs ou les Gaulois le rite principal de la communion.

    On peut déduire qu'issues de la religion du taureau (Mithra) mais s'éloignant d'une culpabilité originelle, la religion se réduit au social, reflétant les fonctions efficaces de l'organisation de la société ; religion plus utilitaire, au service du pouvoir, et qui se renforcera de l'âge du bronze à l'âge du fer.

- L'âge de bronze (-5000)
    La rupture de l'hellespont et l'inondation de la Mer noire (-5500) ont accéléré encore la diffusion de l'agriculture en provoquant des migrations de populations. L'essor des techniques, et surtout celles du fer plus tard, accentuant la spécialisation, donnera naissance à de nouvelles initiations "alchimiques" bien différenciées des initiations chamaniques et guerrières, mais de l'âge du bronze à l'âge du fer (le fer reste un secret Hittite de -3500 à -1100) la valorisation du combattant (Dieu ou Héros) ira en s'accentuant et débouchera sur les guerres des cités mésopotamiennes puis sur les invasions indo-européennes et le brigandage, le nomadisme offrant la logistique d'une guerre de mouvement surtout après la domestication du cheval et l'invention du char. La structure égalitaire des premiers villages fait place à une hiérarchisation de plus en plus marquée se reflétant dans l'idéologie tripartite (Prêtres, Guerriers et Producteurs) dominée par la fonction d'un Dieu Souverain.
L'écriture
- Sumer l'expert (-3200/-2000)
    Après le dernier déluge (-3500), l'invention de l'écriture s'est faite avec l'essor du commerce et la prospérité de l'antique Sumer grâce à l'irrigation. Ce n'est pas seulement une nouvelle étape mais un changement d'échelle car si la population avait déjà été multipliée par dix aux débuts du néolithique, c'est encore un accroissement de facteur 10 qui devait accompagner les véritables débuts de la civilisation avec des villes de plus de 10 000 habitants, une hiérarchisation de la société, la division du travail et des fonctions, la spécialisation, l'artisanat. Si l'histoire commence à Sumer, c'est aussi que la satisfaction des besoins vitaux est indispensable pour que l'esprit délivré de l'immédiat s'élève à la réflexion sur soi au delà de son animalité, les périodes de progrès sont souvent celles de prospérité. L'écriture est le produit de la communication, de l'échange, elle est d'abord chiffre, contrat et très vite source de pouvoir. La loi écrite protège de l'arbitraire du caprice du souverain. Elle s'expose à la durée, livrée à une caste de spécialistes (scribes et prêtres) qui en rationalisent la lettre. L'astrologie qui prédit l'avenir (éclipses etc.), fondant son savoir de l'écriture du passé, établit enfin solidement que le réel est bien rationnel, la loi du destin s'appliquant aux dieux même qui ne peuvent en changer le cours.

    La cosmogonie sumérienne sera sans cesse reprise par les religions postérieures (Égypte, Hébreux, Grèce), la langue sumérienne devenue langue sacrée (et diplomatique) inaugurant la tradition d'une révélation de l'écrit. Prolongeant l'ancienne religion, déjà prend forme l'articulation de l'éternité, du temps et de la génération, la succession des dieux, leur hiérarchie (la royauté) et la revendication de la justice. La trinité Anu (An=Ciel), Enlil (l'air), Enki/Ea (terre) se substitue à "la mère des dieux" (Tiamat?, Bêlit-ili, Anat) mais conserve le taureau Marduk (ancien Alla?). On y retrouve le mythe de Noé, la descente aux enfers, l'histoire de Job, l'âge d'or ainsi que la création de l'humanité à partir du mélange de l'argile avec l'esprit d'un dieu sacrifié (équivalence Adam-Adama, Homo-Humus, Homme terrien opposé aux dieux des cieux).



22/03/2006
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