OBJECTIF 2012

OBJECTIF 2012

États-Unis / L’avenir de la planète vu par les faucons de la Maison-Blanche

Publication d'un livre exceptionnel sur une stratégie hégémonique.

De quel droit peuvent se prévaloir les États-Unis pour afficher leur pouvoir sur le monde ? La réponse de William Kristol et de Lawrence F. Kaplan, auteurs de Notre route commence à Bagdad, par les faucons de la Maison-Blanche.

Ce livre est un avertissement. En exposant, dans un langage sans fard, les objectifs de domination mondiale de la stratégie planétaire de la Maison-Blanche, il illustre brutalement le danger que fait courir au monde cette tentative de soumission à l'hyperpuissance américaine (1).

Ses deux auteurs, William Kristol et Lawrence F. Kaplan, appartiennent au laboratoire d'idées qui établit la stratégie de la Maison-Blanche. Une équipe de faucons à qui l'assurance d'être les maîtres du monde donne une bonne conscience à toute épreuve. Sûrs de leur bon droit, ils ne cherchent pas à égarer le lecteur dans une rhétorique humanitaire, même s'ils trouvent des justifications morales à leur croisade. On le verra.

Ils font partie du petit groupe de faucons, fondateurs du " projet pour un nouveau siècle américain " (le PNAC), qui avait tracé les grandes lignes de leur conquête du pouvoir dès la fin des années quatre-vingt-dix, et qui sont désormais qualifiés couramment de néoconservateurs.

Dans leur analyse, ils règlent les comptes avec quelques-uns de ceux qui les ont précédés à la Maison-Blanche et qui sont accusés d'avoir négligé la force militaire des États-Unis en faveur d'une politique d'équilibre.

On apprend ainsi qu'à leurs yeux Richard Nixon, Henry Kissinger, Zbigniew Brzezinski, Bush père, le général Brent Scowdroft, Colin Powell étaient des partisans d'une politique " d'endiguement ", d'un " réalisme " mou.

Le père de l'actuel président, par exemple, " fermait les yeux " sur le régime de Saddam Hussein et le danger qu'il présentait pour le monde. Il recherchait " la stabilité ". Les néoconservateurs lui reprochent - un aveu de plus - d'avoir fourni des " souches bactériennes, des composants de systèmes de missiles et des matériaux entrant dans la fabrication des explosifs ". De quoi fabriquer les fameuses armes de destruction massive (qui ont bien existé mais semblent avoir été totalement détruites à la suite des recherches des inspecteurs de l'ONU).

Au passage, ils confirment que Bush père savait que le dictateur allait envahir le Koweït en 1990 et qu'il a pratiquement donné le feu vert à cette invasion. Ainsi, il envoie un télégramme à Bagdad pour préciser que " ce n'est en aucun cas la politique du gouvernement des États-Unis de suggérer que le gouvernement irakien est illégitime ou que le peuple irakien devrait se révolter contre lui ".

À la veille de l'invasion, alors que les troupes irakiennes sont massées à la frontière sud et que Washington n'en ignore rien, son ambassadrice, Mme April Glaspie, qui va quitter son poste, déclare à Saddam Hussein : " Nous n'avons aucune opinion sur les conflits arabes tels que votre différend frontalier avec le Koweït. " Confirmation donc (2), on ne peut plus officielle, du piège meurtrier tendu à l'ancien complice de la guerre contre l'Iran.

Derrière ces rappels, c'est Colin Powell, alors chef d'état-major, qui est visé parce qu'il avait osé reconnaître que " le peuple américain ne veut pas voir ses jeunes mourir pour du pétrole à quarante cents le litre ". C'est cité tel quel dans le livre dont les auteurs se défendent, dans une préface destinée spécialement à l'opinion publique française, d'agir pour s'assurer des richesses pétrolières du Proche-Orient. Depuis, le général Colin Powell a été mis au pas de la diplomatie musclée des néoconservateurs.

Clinton se voit reprocher son " libéralisme illusoire " qui l'amenait à pratiquer une politique qui " repose bien plus lourdement sur la carotte que sur le bâton ".

De quel droit peut se prévaloir la Maison-Blanche pour afficher son pouvoir sur le monde ? Du droit du plus fort ? " Ceux qui critiquent Bush se trompent quand ils pensent que notre place dans le monde consiste en autre chose que la domination mondiale. Elle détient une position sans équivalent depuis l'époque où Rome dominait le monde méditerranéen. "

L'Amérique abandonne la carotte pour se réserver le droit " de prévenir les dangers, de porter la bataille chez l'ennemi... en faisant le nécessaire pour rester la seule superpuissance mondiale ".

C'est le 11 septembre, l'horrible attentat qui a convaincu Bush fils de passer à l'application du plan prévu par le PNAC et de proclamer ses véritables intentions. " Qu'y a-t-il de mal, demandent faussement naïfs les deux auteurs, à dominer le monde, lorsque c'est au service de principes sains et de nobles idéaux ? " Les États-Unis " ont adopté des politiques qu'ils auraient suivies même en l'absence de la menace soviétique ". Qu'importe donc une opposition quelconque à leur politique, les États-Unis sont de toute façon déterminés à intervenir sur la planète entière, se considérant comme " une puissance européenne, une puissance asiatique, une puissance moyen-orientale ".

Quant à l'Organisation des nations unies, il leur apparaît " extrêmement étrange de (la) considérer comme une autorité morale supérieure aux États-Unis. Elle ne fait aucune différence entre les systèmes politiques ". Washington sait faire la différence, évidemment.

Selon le nouveau plan de route de l'Amérique, " l'action préventive est pour notre pays une manière évidente de protéger nos citoyens. La menace et la possibilité d'une action préventive font partie intégrante de cette stratégie depuis plus d'un siècle ". En effet, les antécédents ne manquent pas et nos deux auteurs ne se privent pas de les citer. Et puis de toute façon, " dans le cas de l'Irak, les États-Unis n'ont même pas besoin de faire valoir leurs droits à l'action préventive ". C'est la conception du droit international établie après la défaite du nazisme qui est passée par-dessus bord.

Pour " exporter " - c'est leur mot - la démocratie libérale, nos croisés veulent " préserver (leur) suprématie militaire ", et estiment d'ailleurs que malgré " l'augmentation des crédits de Bush au budget de la défense, ce budget reste insuffisant ". C'est peu dire que la ruineuse course aux armements est relancée.

Voilà " l'internationalisme typiquement américain " - en réalité totalement antiaméricain - tel qu'ils le présentent, justifiant la volonté d'intervention tous azimuts par l'exemple de Kaboul et de Bagdad. L'Afghanistan " est un succès historique " et l'Irak " un succès triomphal ". Ce ne sont que " les deux premières batailles gagnées ". L'Irak devant servir de " modèle " à tout le Proche-Orient, à l'Arabie saoudite comme à l'Égypte. " Les deux premières batailles sont aujourd'hui terminées, proclament imprudemment les deux compères de Bush. D'autres restent à mener aussi bien militaires que politiques, comme test de la détermination de l'Amérique. " " Notre route commence à Bagdad, concluent-ils, mais elle ne s'arrête pas là. " Avis.

De la coupe aux lèvres, il y a souvent beaucoup de distance. Sans remonter à l'Empire romain, il y a également des antécédents dans l'histoire des États-Unis, où le fantôme d'une intervention hante toujours les mémoires.

Jacques Coubard

(1) Notre route commence à Bagdad, par les faucons de la Maison-Blanche, William Kristol et Lawrence F. Kaplan. Éditions Saint Simon. 14,80 euros.

(2) Interview d'Éric Rouleau, l'Humanité du 3 octobre 2002.

Article paru dans l'édition du 6 septembre 2003 de l'Humanité.



04/04/2006
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